Éditions Lumumba Pourquoi le fait d’être publié hors d’Afrique est-il un motif de fierté pour de nombreux scientifiques africains, 60 ans après les indépendances ?

Pourquoi le fait d’être publié hors d’Afrique est-il un motif de fierté pour de nombreux scientifiques africains, 60 ans après les indépendances ?

Avez-vous publié aux Editions Universitaires Européennes ? Presses Académiques Francophones ou d’autres éditeurs prédateurs de l’occident ? Alors vous n’avez rien publier, et cela peut vous causer d’énormes ennuis dans le monde scientifique…

Loin des noms que portent ces éditeurs, ils n’apportent rien au monde scientifique. Une université qui accepte les livres de ces éditeurs n’est rien d’autre qu’un mouroir de scientifiques

Pourquoi ?

Voici un article de l’Université Laval qui donne les détails.

Mise en garde – Éditions Universitaires Européennes et Presses Académiques Francophones

En effet, 60 ans après les indépendances de l’Afrique, il est préoccupant de voir certaines élites africaines penser que les meilleurs éditeurs se trouvent uniquement hors d’Afrique. Pire encore, elles oublient que leur savoir est monopolisé ailleurs, laissant leurs livres inexploités par un bonne masse de la population africaine, ou ceux à qui ils sont destinés en Afrique.

Ainsi, les élites africaines enrichissent intellectuellement et financièrement les communautés étrangères, tout en privant leurs propres communautés de leurs connaissances et savoirs. Ces élites africaines en sont-elles vraiment conscientes ?

Et après cette génération, que dira la prochaine de ce que nous avons fait de notre savoir africain ?

Nous sommes en train de tout perdre, notre richesse, notre culture et même notre savoir…

Les éditions Lumumba ont réalisé une petite enquête sur ce sujet, dont voici un résumé.

L’indépendance intellectuelle de l’Afrique : une nécessité du siècle

Si les pères du panafricanisme, notamment Modibo Keita, Thomas Sankara, Cheik Anta Diop, Kwame Nkrumah, Joseph Kizerbo, Lumumba, Malcom X, avaient milité pour la gouvernance politique de l’Afrique par les africains et pour les africains, il est temps d’amorcer l’indépendance scientifique et technologique, que seules les recherches innovantes et leurs publications dans une édition panafricaine peuvent impulser.

Les scientifiques africains : éternels ignorants ?

Nous avons lu l’histoire d’une élite africaine qui a écrit des milliers de livres et les a publiés en dehors de l’Afrique. L’un de ces livres s’intitule « L’indépendance intellectuelle de l’Afrique : la Clé de voûte ». Après sa mort, son petit fils se met en colère et tente de retrouver ce livre à tout prix. Mais sans succès. « Où est passé le livre ? » demande le petit fils. Nos recherches ont révélé que ce livre est vendu cher par les soi-disant colonialistes, comme l’auteur lui-même les avait décrits dans son livre.

 Cette élite est peut-être vous… Qui pense qu’être publié hors d’Afrique est un privilège. Mais après votre départ, l’Afrique sera-t-elle indépendante intellectuellement ? Le savoir africain ne sera-t-il pas contrôlé par le monde externe ?

Nous sommes en train de tout perdre, nos richesses, notre culture et même nos connaissances. La révolution, c’est maintenant, pas demain. Et la meilleure révolution n’est pas une révolution verbale, mais une révolution qui se fait par l’action. Peut-être n’avez-vous pas trouvé un bon éditeur en Afrique ? C’est pourquoi les éditions Lumumba répondront à vos attentes.

 

 

Que disent les scientifiques eux-mêmes ?

 « En fait, le ‘critérium’ (supposé objectif) de la valeur intrinsèque d’une œuvre de l’esprit, (le ‘critérium’, disions-nous) ne peut être objectif pour autant qu’il tient à la subjectivité de celui qui l’établit. On fait donc (consciemment ou pas) de la subjectivité quelque chose d’objectif.

C’est pourquoi, l’Afrique ne devrait pas se livrer (pour ainsi dire) aux Occidentaux pour n’importe quelle évaluation en science (à l’instar de ce qui se fait en politique, parfois un peu trop).

 A moins que l’évaluation d’une production scientifique nécessite l’intervention des moyens technologiques (faisant défaut au Sud) pour vérification, cette-fois-ci, objective grâce à des instruments de mesure, sinon il est fort triste, que l’aliénation (philosophiquement parlant) des productions scientifiques des Africains se fassent par eux-mêmes.

Le savoir qui provient de la tête d’un Africain a exactement la même valeur (intrinsèque), peu importe qu’il soit produit au Sud ou au Nord.

Le prestige de la maison d’édition ou de la revue, les gros moyens financiers ou techniques du Nord n’ajoutent rien au produit du savoir.

Le Professeur Abdoulaye relève que c’est « idéologique, tout simplement ». Alors, pourquoi les intellectuels Africains, si longtemps, après les années d’indépendance (vous le soulignez), peuvent-ils délibérément opter pour une idéologie qui les dessert ?

Nous prônons de consommer « local » mais la lampe du pays estime qu’il faille faire valider notre savoir (sans tenir compte des cas) par des concurrents qui non seulement fixent des règles de jeux (qui nous sont) défavorables, mais, en plus, ils s’approprient (directement ou indirectement) notre savoir, dès lors que nous le leur confions pour publication !

On vous rétorquera, qu’il est aussi question de visibilité, comme si nous (pays ou institutions) étions incapables de nous faire voir. Entre-temps, on fait (sans s’en rendre compte) de la visibilité un critère de véracité. Pourtant, ce qui est vrai, même méconnu ou inconnu, reste vrai. Si nous connaissons une vérité, le fait de la partager localement, est-ce une défaillance ?

Combien de découvertes scientifiques, ne sont-elles pas gardées ‘top secret’ par les Américains et les Russes pour les raisons de la cause ?

A y voir clair, le critère de visibilité (prôné et établi par le Nord est idéologique). Et, en réalité, eux-mêmes l’appliquent selon  leur bonne convenance. Mais serions-nous plus ‘pape’ que le pape ?

Il y aurait lieu de se demander par, exemple, si la thèse (d’une thèse de doctorat produite au Sud) vaut la thèse de celle qui serait produite au Nord. Quelle est la valeur d’une idée ?

Se développer, c’est aussi s’assumer.

Prof. Alain- Journal ESU/Haut-Katanga

 »Pour les mêmes raisons que jouer au Real Madrid ce n’est pas la même chose que jouer à Paris qui n’est pas la même chose que jouer à Cotonou. Mais il n’y a aucune fatalité dedans. Cotonou peut dépasser Madrid si elle s’en donne les moyens. Les éditeurs africains peuvent aussi dépasser les revues américaines si elles s’en donnent les moyens. En attendant 60 ans ou pas nous ne jouons simplement pas dans la même cours. Principe de réalité contre considérations émotionnelles ou idéologiques tout simplement. Un seul exemple. Yale French Studies ne reçoit même pas de propositions d’articles. C’est la revue qui vous sollicite si elle vous juge digne. On est loin des revues qui publient en 1 semaine ce que vous leur envoyez à partir du moment où vous êtes prêt à payer les frais de publication… Sinon publier à French Studies in southern Africa est aussi un motif de fierté. Donc ce n’est pas le critère « hors Afrique » qui importe ici. C’est le critère « qualité ». Il n’y a aucune fierté à publier dans une revue prédatrice même si son siège est à New Haven »

Dr Abdoulaye (Ghana), Colloque et Echanges

Et vous, qu’en pensez-vous ?

2 thoughts on “Pourquoi le fait d’être publié hors d’Afrique est-il un motif de fierté pour de nombreux scientifiques africains, 60 ans après les indépendances ?”

  1. Il s’agit simplement d’une sous-estimation de soi chez l’Africain. Vous le verrez aussi dans le monde scientifique où celui qui a étudié en Occident pense que son diplôme est double alors que la souveraineté des États africains leur donne la dignité de conférer le diplôme à tel ou tel lauréat.
    Par ailleurs, il s’observe un certain paradox qui montre que certains intellectuels africains sous-estimés par leurs frères trouvent une considération en Occident et participent à des découvertes de grande envergure.
    En gros, laissons l’aliénation. La publication en Occident devrait être un signe d’universalisme scientifique et non de fierté.

  2. J’ai lu entièrement cet élément et je l’ai trouvé très intéressant, il est temps pour nous Africains de voir les choses différemment.
    Tout d’abord nous devons nous valoriser en vivant dans l’amour et la solidarité. Le fait d’avoir été aculturé pour les occidentaux nous a fait perdre notre confiance en nous, donc nous avons pensé qu’être publié en Europe est mieux que d’être publié en Afrique, une autre chose est qu’en Afrique nous n’avons pas beaucoup de maisons d’édition, s’il y en a, elles ne sont pas connues.
    Nous soutenons et encourageons beaucoup les maisons d’édition Lumumba…

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