Éditions Lumumba La Precop17, une réussite époustouflante : et après ?

La Precop17, une réussite époustouflante : et après ?

  

  • Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et n’engagent pas les Editions Lumumba.

  • Claude OKONDJO ZANKATU 

  • Analyste & Chercheur en Droit international

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A peine les travaux de la PRECOP17 sont-ils finis que les réseaux sociaux sont saturés des messages de félicitation et d’administration à l’endroit de notre sœur, la Vice-Première Ministre, Ministre de l’Environnement et Développement Durable, Ève BAZAIBA MASUDI. Tous se précipitent la première place dans le choix des adjectifs et qualificatifs pour composer leur ode à celle qu’on appelle Femme au grand F.

La question que nous posons : est-ce le moment pour un tel vacarme ? Est-ce le moment de chanter la victoire ? Et quelle victoire ? De quelle nature est-elle ?

Dans l’exercice de l’entraînement de notre pensée, nous devons chercher à discerner les zones d’ombre qu’elle cache, car son expression positive cache souvent des mystères sur lesquels, par sa nature, elle passera sans reconnaître.

Je n’ai, personnellement et en tant qu’élite, aucune confiance aux politiques définies par les nations dites unies, à travers leur instrument, l’ONU, dont je connais profondément la nature et le motif des actions, après que l’égoïsme de ses animateurs en a dévié la trajectoire. Il est écrit que rien de plus noble, une fois détourné de son objectif initial, qui ne devienne pire. Ce n’est, dans tous les cas, pas le moment ni la tribune pour ce sujet, ne gâchons donc pas l’ambiance !

J’aimerais, cependant, profiter de cette euphorie dans laquelle chacun veut s’attirer, par de faibles et viles artifices, les grâces des uns et des autres, pour réveiller les consciences endormies, ouvrir les yeux aveugles, faire entendre les sourdes oreilles.

Il est connu que les intellectuels sont l’œil et l’oreille de la population, leur connaissance une lampe aux pieds du pèlerin. Hélas ! Les intellectuels kongolais sont l’opposé polaire de cette lapalissade. Sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, j’évoquerai quelques faits récents pour étayer mon propos.

Il ne s’agit pas, pour moi, de me faire un énième avocat de leurs auteurs, car les conséquences de la bassesse de leurs actes vont durer toute une génération. Il n’y a pas pires crimes que des exemples de basse moralité de cette catégorie de la part de ceux qui ont à leur charge ce que les jeunes générations doivent savoir et faire.

Il y a, dans l’histoire, des exemples de ce genre dont les auteurs étaient jugés passibles d’une peine capitale pour éduquer et mettre en garde les générations montantes contre le manque de probité, pour la culture de la hauteur dans leurs actions, surtout dans les affaires de la patrie. Il ne s’agit donc pas, ici, d’innocenter ni d’accuser qui que ce soit.

Ce que je cherche à montrer, au contraire, c’est qu’à défaut d’un châtiment aussi sévère qui rendrait, j’en suis convaincu, justice à la lois, les intellectuels avertis auraient agi autrement afin de faire bénéficier à la nation même du kopeck que la grâce des hommes lui avait destiné. Remarquez, hélas ! qu’une fois de plus, l’égoïsme des hommes a encore enlevé au pauvre même la seule brebis qui lui restait pour faire bon accueil à leurs hôtes.

Dans le royaume des Elfes, il y a les bons et les méchants Elfes. Les bons sont bons et ne peuvent pas changer ; les méchants, eux, peuvent changer et devenir bons. Si, devenu bon, un Elfe péchait, sa seule punition est d’être exposé à encore plus de bonnes actions. Souvenez-vous, les Elfes bons ne peuvent pas changer, même pour punir les convertis. C’est ce qui a manqué aux intellectuels dans les exemples ci-après : ils voulaient partager le butin.

Dans l’affaire des 100 jours, il y avait, entre autres souches, la livraison des maisons préfabriquées qui seraient destinées à l’usage des militaires. Si ces maisons avaient été effectivement construites, plusieurs familles des militaires auraient trouvé un toit, ce qui leur rendrait un peu de dignité et d’humanité, que de les laisser dans les conditions que même à l’enfant prodige on ne les avait imposé.

Cela éviterait, une fois dans l’histoire, la politique des deux poids deux mesures qu’on applique depuis une éternité dans ce pays. Une fois dans l’histoire, on retiendrait qu’on a honoré ceux qui ont tout laissé, leurs familles, femmes et enfants, parents et amis, voire même leur jeunesse, pour sécuriser et préserver le pays des envahisseurs. Ça aurait plus de sens que d’attendre que le pays soit attaqué pour se souvenir que les militaires n’ont pas de vivre et qu’il faut leur faire une quête spéciale, alors même que dans la même période on a financé des concerts musicaux.

Au lieu de cela, l’affaire 100 jours avait fait la une des médias, les auteurs transformés en bouc émissaire devant lequel chacun des intervenants devrait se purifier du purgatoire pour entrer au paradis. Fin de l’histoire, le pays a perdu, après que plusieurs autres milliers des dollars avaient été dépensés comme bonus au mal commis, avec une vie en plus.

Dans ce registre peuvent être classés plusieurs autres dossiers où on aurait limité les dégâts si le discernement avait servi de base dans leur traitement.

Le deuxième exemple à évoquer est celui de Madame Jeannine MABUNDA, ancienne Présidente de l’Assemblée Nationale. Après qu’elle avait été destituée, avec toute son équipe, les députés se sont aperçus, comme réveillés d’un profond sommeil, qu’ils avaient aussi le pouvoir de faire tomber l’un d’entre eux du fauteuil présidentiel. Comme quand on a un nouveau jouet, les élus nationaux se sont amusés avec cette nouvelle baguette magique pour exaucer leurs vœux les plus fous.

Pourtant un peu de lucidité aurait été très bénéfique au pays et lui aurait permis de disposer d’une Assemblée Nationale digne de confiance, car alors elle aurait été dirigée. Comme pour le registre précédent, ce registre contient plusieurs histoires semblables dans les archives de notre pays. De plus, ce registre nous met en garde contre la tyrannie du nombre en démocratie, car la majorité n’a pas toujours raison. Revenons à notre sujet.

La PRECOP27, une réussite époustouflante : et après ? Allons-nous nous limiter à couvrir d’éloges celle qui n’en n’a pas eu besoin pour tenir tête à tout un gouvernement ? Qui n’en n’a pas eu besoin pour dire aux impérialistes, tout haut, ce que les autres disent tout bas ? Ces éloges sont-ils tous sincères ?

Plus haut j’ai parlé de la politique des deux poids deux mesures. Cette politique a profondément élu domicile dans notre pays. C’est une preuve que la pointe de l’élite kongolaise s’est émoussée pour des raisons financières. A l’époque du Président Mobutu déjà on rossait de fouets les professeurs d’université. Du fil à l’aiguille, les professeurs d’université en sont arrivés jusqu’à se faire poiroter pendant de longues heures dans les couloirs d’hôtels et les salles d’attente pour percevoir quelques centimes.

Ceux des kongolais dits intellectuels ont mis leur connaissance au service du mal, pour quelques individus, alors qu’ils s’en seraient servis utilement pour l’intérêt collectif qu’ils sont, d’ordinaire, censés servir. Ainsi, dans leur faillite, les intellectuels se sont mis en trahison de l’intérêt collectif. Ils courent derrière des profits dévoyés, au service des intérêts avec lesquels ils se sont prostitués : c’est le massacre de l’élite sur le collectif.

Démontrons, dans le cas sous analyse, la pratique de la politique fétiche des kongolais. Dans son discours de clôture de la commémoration des 50 ans de la convention des Nations-Unies sur l’environnement à Stockholm, en Suède, la Vice-Première Ministre, Ministre de l’Environnement et Développement Durable avait dit, je cite :

« Nous attendons un financement équitable en échange des services rendus par nos forêts. Et par application du principe pollueur-payeur, cette compensation ne doit pas être considérée comme une aide au développement, mais plutôt comme un droit face aux sacrifices consentis par notre peuple pour la conservation de ces potentiels. » Fin de citation.

Après ces paroles, j’avais demandé aux associations et ONG œuvrant sur les questions environnementales à se mobiliser pour donner force à ce discours, non seulement pour faire bénéficier au pays de manière effective, de ce financement, mais également pour protéger notre sœur dont la vie est en danger à cause de telles déclarations qui ont, par ailleurs, valu la mort au Président libyen Mouammar Kadhafi, et il n’est pas le seul. Personne n’avait voulu rien entendre, on n’en a même pas fait mention dans les débats télévisés, dans le sens d’en orienter l’action au profit de la nation, de ce peuple qui ressemble de plus en plus à un troupeau de brebis sans berger.

Dans le même temps, quand on avait annoncer la co-organisation, avec l’Égypte, de la COP27, j’avais exhorté les mêmes associations à réfléchir et mettre en place des stratégies pour faire bénéficier au pays de cette opportunité. Il a fallu attendre la PRECOP27 pour se précipiter à selfier avec les autorités.

Notre élite est-elle restée festive, médiatique, photogénique ? Beaucoup sont issus des universités occidentales, en particulier en Europe. N’ont-ils fait que singer les blancs ? Ou bien sont-ils tous corrompus, acquis à la cause impérialiste ?

Après la seconde guerre occidentale, les États-Unis d’Amérique mirent en place le plan Marshall qui faisait de l’Europe un grand marché pour l’expansion du capitalisme, pendant la guerre froide. Quoique ne leur étant pas favorable, les intellectuels européens ont réfléchi à la manière dont ils allaient construire leur continent avec les financements du plan Marshall. Ce fut le début lointain de l’actuelle Union européenne et de l’OTAN, pour ne citer que ces deux organes de la politiques occidentale dont nombreux sont devenus disciples et adeptes.

Plus récent et plus proche de nous on trouve les Objectifs de Développement Durable. Depuis 2015, les intellectuels occidentaux se sont appropriés l’agenda 2030 pour en faire bénéficier leurs pays. On ne dira pas que ça ne leur réussit pas.

Autour et à côté de nous pullulent d’autres exemples. Pour n’en citer que les plus connus des kongolais, tous les pays africains tirent profit des programmes américains AGOA et AWEP. D’autres sont dans l’espace de l’Union européenne. Ça marche tellement bien chez eux qu’ils en sont arrivés à acheter même certaines banques kongolaises. Maintenant ils réfléchissent à mettre à profit la Zelecaf. On a accusé dernièrement certains pays d’insultes à l’endroit des kongolais, alors que leurs intellectuels réfléchissaient à venir couper leur part du gâteau Kongo.

Quand le gouvernement a décidé d’exploiter le pétrole kongolais, les intellectuels se sont levés pour protester contre le gouvernement, prêtant allégeance à ceux dont ils sont à la solde. Ce n’est pas le sujet de cet article, mais si le lecteur retient que le réchauffement climatique est une grosse arnaque américaine, ça sera déjà une très bonne chose.

Maintenant le ‘’RDC pays solution’’ est devenu un mantra pour apaiser et calmer les esprits agités ; mais pour combien de temps ? Qu’a-t-on fait de nous ? Quelle élite est la nôtre ? Jusqu’à quand irons-nous à la traîne des autres ? Quand nous libérerons-nous de l’utopie du temps et de l’espace ? Quand en finirons-nous avec cette tendance à chercher désespérément un chef ? Quand nous approprierons-nous de nous-mêmes et de notre pays ?

Le Kongo serait si grand, si fort, si prospère que nous le voulons si seulement son élite prenait ses responsabilités. Le salut ne viendra pas d’ailleurs, mais de nous-mêmes, dans la mesure où nous aurons pris la décision de nous engager.

Bientôt le slogan ‘’RDC pays solution’’ sera oublié que nous nous retrouverons à la case de départ. Les diamants du Kasaï ont fait la pluie et le beau temps à l’époque du Président Mobutu. Du fait du manque d’appropriation, nous n’en n’avons gardé aucun souvenir. Maintenant le Kasaï est en train de se vider de ses filles et fils, alors même que la sagesse ancestrale nous enseigne que les enfants sont les béquilles pour le vieil âge de leurs parents. Ainsi nous en venons à faire pécher notre peuple contre les lois divinement sacrées.

J’en appelle à la conscience des intellectuels. Nous devons, c’est notre devoir sacré, nous devons aider notre peuple à s’approprier cette réussite pour compenser leurs nombreux sacrifices et que sa longue patience porte finalement des fruits.

Le déroulement des événements au niveau international doit nous interpeller et nous sortir du sommeil de plomb dans lequel nous n’avons que trop sombré. Le mal les rattrape, la folie et le mensonge de l’occident ont conduit ses populations à une impasse, mais c’est juste le temps de modeler les esprits non affermis. Et ce temps est très court. Il faut sortir de la distraction.

La Russie tient l’Europe en laisse grâce à son gaz. Pendant que nous on chante la réussite de la PRECOP27, en France se tient un sommet sur l’énergie où la Première Ministre française annonce que l’Europe ne cèdera pas au chantage de la Russie, qu’elle continuera de lui faire pression parce qu’elle va diversifier ses sources d’approvisionnement. Hasard de la nature ou concours de circonstances ?

 

Il est impérieux que nous nous mettions au travail, avant que les autres ne viennent exploiter chez nous ce que nous ne savons pas protéger. Il ne s’agit ici que du début de la COP27. Nous devons, en toute urgence, définir la manière dont nos ressources doivent donner une solution aux problèmes que se sont créés les occidentaux, notamment le réchauffement climatique, tout en bénéficiant à notre peuple. Cela permettra de lutter efficacement contre la corruption, car au moins tous les francs déboursés le seront pour une raison préalablement définie, ce qui évitera sûrement que l’argent traîne dans les coffres au point d’alimenter et entretenir les appétits gloutons.