Éditions Lumumba La guerre a l’est de la RDC : quand le Congo tombe dans le piège de l’EAC

La guerre a l’est de la RDC : quand le Congo tombe dans le piège de l’EAC

 

 


  • Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et n’engagent pas les Editions Lumumba.


    Auteur Claude OKONDJO ZANKATU
    Analyste & Chercheur en Droit international

    ✉ : claudeokondjo@outlook.fr

 

L’étude des symboles conduit à la vérité, car tous, comme des maillons d’une chaîne, contribuent à l’édification de l’ensemble. L’éclectisme est une meilleure approche dans la matière, car celui qui regarde les choses d’un seul angle de vue, aussi claire verrait-il, n’aurait qu’une partie de la vérité, ce qui n’est pas la vérité.Alors que d’autres l’ont compris, au Congo on tarde à comprendre les choses les plus simples. Quand l’eau est trouble on se remplit le ventre. Dans la crise, la Chine et la Russie profitent pour émerger. Peut-être la lenteur du Congo est-elle due à l’aveuglément de ceux qui sont censés indiquer la voie aux autres, ou alors sont-ils, comme Atalante, détournés de la course pour ramasser les pommes d’or.On ne saurait le comprendre autrement quand on observe l’attitude des autorités politico-administratives du Congo face à tous les problèmes auxquels le pays est confronté, du lendemain de l’indépendance à ce jour.Pour le besoin de la cause, cette réflexion e limitera aux événements les plus récents. Nous parlerons de l’adhésion du Congo à la Communauté des Pays de l’Afrique de l’Est (EAC), puis de la guerre contre le Rwanda et l’Ouganda, et enfin de la déclaration de UHURU KENYATTA. Chaque section nous amènera à toucher à d’autres décisions du gouvernement de Kinshasa, afin de nous rapprocher le plus de la vérité.

1. La Belgique vue d’ailleurs1. Adhésion de la RDC à l’EAC : un piège que même un aveugle aurait pu éviter

Dans la foulée, la décision de l’adhésion de la RDC à la communauté des pays de l’Afrique de l’Est est l’une des plus aveugles que le gouvernement de Kinshasa ait prise. En effet, ce énième accord dont les raisons économiques ont été utilisées comme appât, ne visait que la démultiplication des groupes armés sur le sol congolais afin de mieux le contrôler.

Comme le dit Ludo De Witte, l’impérialisme se moque de la
démocratie. Il existe, au Pays, plusieurs ‘’acteurs’’ au service de
l’impérialisme et qui accomplissent leurs tâches en toute légalité. D’abord les ‘’Mouvements citoyens’’ et la ‘’société civile’’. Au fond les deux ne sont qu’une seule et même chose. Leur naissance relève du besoin de l’impérialiste de contrôler ses nègres de service placés au pouvoir afin d’éviter qu’ils s’accordent plus de liberté et de pouvoir au point de se tourner contre eux.
Rappelez-vous ce que Marc Antoine a fait à César poursuivant Pompée. Seuls les congolais n’apprennent pas de l’histoire.

Ainsi l’impérialisme finance toutes les actions de la société
civile, dont il prend préalablement soin d’orienter toute la politique à
travers toutes les formes de formatage mental et psychologique. La société
civile joue ainsi le rôle de contre-poids au pouvoir établi, lui aussi ayant
ses limites bien définies. La tyrannie fossilisée.

Ensuite vient la MONUSCO ! Complémentaire à la
société civile mais avec un but bien différent, la MONUSCO assure
l’exploitation illicite des minerais du Congo et leur expédition vers
l’extérieur où ils servent les intérêts impérialistes. Toute puissante, la
MONUSCO ne connaît aucune limite, ni dans ses actions, ni dans ses décisions.

Comme il a été décidé que la MONUSCO devrait partir, le
masque étant trop vieux pour servir à cacher la vérité, il faut bien réfléchir
à son remplacement. Il ne faut jamais laisser un vide. C’est là qu’intervient
la Communauté des pays d’Afrique de l’Est. Mais comment y parvenir ? C’est
le début du théâtre, l’intrigue même de la théâtroratie.

Tout a commencé par l’Etat de siège. Celui-ci a été présenté
comme moyen de lutter contre l’insécurité. Cependant, avec le recul, on s’est
aperçu que ce n’était pas le cas. Nou avons écrit, à propos, pour alerter et
appeler à la vigilance. Notre principale interrogation était de savoir si
l’Etat de siège n’était pas une préparation psychologique à la balkanisation de
la République[1]. L’Etat de siège a pour but
d’augmenter la peur, de l’entretenir, car l’impérialisme tire en elle sa
fonction essentielle jusqu’à ce qu’il atteigne son but au passé à une autre
chose sans abdiquer.

 Dans le
tâtonnement, une alliance militaire avec l’Ouganda a été signée. Une alliance
contre-nature qui ne pouvait se solder autrement que par un échec. C’est cet
échec qui a finalement conduit à l’adhésion de la du Congo à la communauté des
pays d’Afrique de l’Est. La question c’est que faisait l’élite congolaise
pendant tout ce temps ? En effet on ne peut condamner le voleur pour ses
actes, car l’escroc n’escroque qu’avec la complicité du futur escroqué.

C’est à l’élite congolaise qu’incombe la faute de n’avoir rien vu venir. Comme il est écrit, si l’œil est malade, c’est tout le corps quiest dans le noir. Ainsi l’aveugle et celui qu’il conduit sont-ils tombés dans le trou. Le travail de l’élite c’est de veiller sur l’intégrité spirituelle, physique et matérielle de la nation. Quand elle manque à son devoir, elle perd sa raison d’être.

Dans le Totem et le Tabou, Sigmund FREUD nous renseigne
sur le rôle du roi dans la société. « Rigoureusement parlant, écrit-il,
c’est sa personne qui régit la marche du monde ; son peuple doit lui être
reconnaissant non seulement pour la pluie et la lumière du soleil qui fait
pousser les fruits de la terre, mais aussi pour le vent qui amène les navires à la côte et pour le sol que les hommes foulent de leurs pieds[2] »
Cela définit toute la tâche moderne d’un gouvernement pour son pays, ce
gouvernement qui doit être géré par son élite, qui est censée assurer toutes
les tâches ci-dessus décrites.

Ce haut privilège dont jouit le roi n’est garanti que
dans la mesure où il s’acquitte de ses obligations et qu’il répond aux attentes
de sa population. « L’idée, dit Frazer, d’après laquelle la royauté
primitive serait un royaume despotique, ne s’applique pas tout à fait aux
monarchies dont nous parlons. Au contraire, dans ces monarchies, le maître ne
vit que pour ses sujets : sa vie n’a de valeur qu’aussi longtemps qu’il
remplit les obligations de sa charge, qu’il règle le cours de la nature pour le
bien de son peuple. A partir du moment où il néglige ou cesse de s’acquitter de
ces obligations, l’attention, le dévouement, la vénération religieuse dont il
jouissait au plus haut degré se transforment en haine et mépris. Il est chassé
honteusement et s’estime heureux lorsqu’il réussit à sauver sa vie. Aujourd’hui
adoré comme un dieu, il peut être tué demain comme un criminel[3]. »

L’élite congolaise a trahi son peuple, elle n’a pas servi les intérêts de la nation, elle s’est contentée de ses intérêts. Comme une femme mariée, elle s’est prostituée à la richesse et n’a plus de place dans le foyer, elle mérite d’être chassée, expulsée comme un criminel. L’élite congolaise n’a rien vu venir, elle a échoué sa mission de veilleuse, alors qu’elle était perchée pour surveiller ; elle a échoué sa mission de sorte que le trône est donné non à ceux qui le méritent, plutôt à ceux qui en sont moins dignes, les ‘’étrangers’’.

On est ici loin de la situation décrite par le psychanalyste. Dans son interprétation, Freud nous apprend que c’est la sévérité des prescriptions tabou imposées aux rois prêtres qui a rendu la dignité sacerdotale-royale moins désirable, à telle enseigne qu’il a fallu l’imposer à ceux dont l’honneur échoyait, suscitant de leur part une résistance qui a conduit beaucoup de peuples à confier cet honneur aux ‘’étrangers’’.

Pour revenir à notre sujet, « le Rwanda et l’Ouganda ont fait de l’hostilité permanente contre le Congo (même si c’est à l’instigation de leur maître) la raison principale de leur survie. Agir autrement c’est condamner lesdits pays à l’inexistence. En outre, le Congo ne peut pas non plus faire comme si une entente avec les deux « pays » susmentionnés est possible si elle n’est auparavant pas fondée sur une victoire militaire préalablement arrachée sur le terrain. Croire, en effet, le contraire équivaut à se tirer une balle dans le pied[4]. »

2.      La guerre contre le Rwanda et l’Ouganda : le gouvernement congolais face au Droit international

Dans un Tweet, Christophe LUTUNDULA écrit : « Après les Ambassades des pays membres permanents du Conseil de sécurité à qui j’ai donné hier les informations les plus correctes du terrain à l’Est du pays face aux allégations mensongères du Rwanda, je poursuivrai aujourd’hui les contacts d’information avec la SADC, CEEAC et EAC. »

L’attitude du gouvernement congolais face à l’agression du Rwanda et de l’Ouganda est révélatrice de l’immaturité institutionnelle et de la faiblesse des animateurs, caractéristiques des pays africains. Au Congo, mais aussi en Afrique, les gens ont désespérément besoin de leaders, de guides, de chefs. Tout le monde veut une autorisation, une permission, avant d’agir ; au moins ils s’assurent qu’il y aura un responsable, qui leur sera différent. C’est ainsi que tous les hommes et es femmes politiques congolais sont devenus des chantres de ‘’l’AMERICADI[1]’’.

Dans certains milieux, et pour certains, au Congo, il est interdit de dire que le Congo est en guerre contre le Rwanda et l’Ouganda, sous prétexte que cela ne correspond pas à la description du Droit international, une description écrite sur papier, une théorie académique. A tous ces légalistes, nous posons la question de la légalité de l’agression rwando-ougandaise contre le Congo.

C’est simplement une preuve de lâcheté et d’irresponsabilité que de laisser mourir son peuple faute d’une autorisation attendue de quelqu’un qui n’a aucun intérêt à en donner une. Chaque fois qu’on cherche une protection de l’extérieur, on demeure esclave et sujet de celui dont on attend la protection. Nous sommes en face d’une situation qui appelle à notre responsabilité, et nous devons relever le défi. Les différentes initiatives du gouvernement montrent juste sa peur.

Les congolais doivent comprendre, et le plus tôt, qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser les œufs et qu’on ne se libère pas en se soumettant à une loi inique, qui opprime. Ce ne sont pas les promesses dont le congolais a besoin. A la place, nous devons imposer à notre peuple des sacrifices et le pacte de sang. Il n’y a aucune fierté à s’habiller de vêtements d’emprunt.

L’heure est venue pour les congolais d’user de leur droit naturel, l’autodéfense[2]. Dans tous les cas il n’existe pas une prison où l’on veille garder le Congo. A la limite nous pourrons déplorer quelques morts et une destruction sommaire, mais ce ne sera que quelques pertes de plus, par ailleurs indispensables. Beaucoup sont mort de mort inutile, il est de donner à notre pays les sacrifices que réclame sa libération et que le peuple congolais passe par l’initiation de la renaissance. C’est la seule issue possible.

La guerre n’est horrible qu’aux ignorants. Tous ses effets sont bénéfiques et ceux qui s’en privent le regrettent toujours, tôt ou tard. Grâce aux énergies qu’elle met en circulation, elle permet la destruction de toutes les forces cristallisantes afin que se manifestent de nouvelles énergies.

La nature elle-même nous l’enseigne. La chaleur de la saison sèche arrache aux arbres leurs feuilles afin de leur en donner de nouvelles avec la fraicheur de la saison des pluies. Les chauds alternent avec les froids, ainsi la loi des cycles est-elle perpétuellement et constamment en œuvre et nul n’en échappera. Plus on a peur de la guerre et qu’on la repousse, plus on repousse l’heure de la libération. Comme le phénix de la mythologie, nous devons mourir dans des flammes spectaculaires pour mieux renaître de nos cendres.

Nul ne met en doute le développement global du monde après la guerre de 14 à 45, avec les nombreuses découvertes qu’elle a permises, notamment l’énergie atomique et l’électricité. On en a déploré les effets destructeurs, mais ce n’est rien en comparaison des effets bénéfiques qu’on en a récoltés. Comme le scalpel du médecin, la guerre permet de séparer le pur de l’impur.

3.   La déclaration de UHURU KENYATTA : enfin la solution trouvée ?

Le 24 avril 2022, Mufoncol TSHIYOYO dénonçait l’adhésion de la RDC à l’EAC et l’alliance supposée avec l’Ouganda comme étant ‘’deux maux de même nature[3].’’ EN interrogeant l’objectivité de cette décision, Mufoncol TSHIYOYO cite Chomsky en disant que « la mission poursuivie ou à poursuivre était l’infiltration des pays de l’Est, notamment les deux principaux ‘’Etats mercenaire’’ ».

Au regard du déroulement des événements, on ne dira pas que Mufoncol TSHIYOYO avait tort. Dans sa déclaration, UHURU KENYATTA dit, entre autre, que « La Force régionale de l’Afrique de l’est doit être déployée immédiatement dans les provinces d’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu afin de stabiliser la région et rétablir la paix[4] » Un mal en cachant un autre, on trouve dans cette déclaration, pour faire court, deux éléments qui nous conduisent directement à la MONUSCO : ‘’stabiliser la région’’ et ‘’rétablir la paix’’. D’où la question : Qui trompe qui ?

Poursuivant dans le mensonge, il ajoute : « J’appelle en outre à la déclaration des provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu (Bunagana, Bugusa, la plupart des parties de l’axe principal du Petit Nord, Masisi, Lubero, Beni Kasindi) et du Sud-Kivu en zone libre d’armes, où tout individu ou groupe portant des armes en dehors des forces officielles et légalement déployées et mandatées dans le pays seront désarmées[5]. » Encore des symboles de l’infiltration : ‘’forces officielles et légalement déployées et mandatées dans le pays’’.

Nous arrêtons cette analyse en disant que rien n’est encore gagné, la guerre continue et le Congo est prêt pour la lutte de sa libération. Nous empruntons les mots de fin à Mufoncol TSHIYOYO.

À tout prendre, « quand on a tout le système contre soi, on renverse la table » (Bercoff). Le temps est venu de rassembler des filles et fils patriotes du Congo dans le but d’engager la lutte de son indépendance et de sa libération. Le Congo doit s’assumer. Pour ce faire, il doit armer sa jeunesse. Étant donné que nous sommes en situation guerre et non dans une gestion courante des hommes et de pouvoir. Seuls des filles et des fils du Congo sont capables de grands sacrifices que la nation exige de nous par le biais d’un pacte de sang. Qui a peur ?

 Sources


[1] Que cache l’Etat de siège (faire un lien qui conduit vers l’article en ligne)

[2] Frazer, cité par Sigmund FREUD dans Totem et Tabou.

[3] Idem

[4] Mufoncol TSHIYOYO

[1] L’Amérique a dit, une tendance à se référer aux décisions et avis des Etats-Unis d’Amérique.

[2] KIMIKAMBO GONTCHO

[3] Op. Cit.

[4] https://fr.africanews.com/2022/06/16/le-kenya-appelle-au-deploiement-dune-force-regionale-en-rdc//#:~:text=Le%20pr%C3%A9sident%20kenyan%20Uhuru%20Kenyatta,EAC)%2C%20a%20d%C3%A9clar%C3%A9%20M.

[5] https://www.politico.cd/la-rdc-a-la-une/2022/06/16/tensions-kinshasa-kigali-uhuru-kenyatta-annonce-la-mise-en-place-dune-force-regionale-pour-desarmer-tous-les-groupes-armes-dans-lest-de-la-rdc.html/110586/

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Auteur Claude OKONDJO ZANKATU

Analyste & Chercheur en Droit internationa

✉ : claudeokondjo@outlook.fr